Il y a 15 ans, l’autoconsommation représentait une puissance de 1 MW en France. Ce chiffre a connu une progression fulgurante depuis : au 31 mars 2026, le parc solaire photovoltaïque français atteint 33 GW (dont 32,1 GW en France continentale), contre 31,3 GW fin 2025 et 26,8 GW un an plus tôt à peine.
Les panneaux solaires présentent un intérêt pour la production décarbonée d’électricité qui n’est plus à prouver. L’année 2025 a été marquée par un rythme de raccordement soutenu, avec 6,1 GW de nouvelles capacités ajoutées sur l’année, contre 5,2 GW en 2024. La production d’électricité photovoltaïque a suivi la même dynamique : 37 TWh produits en 2025, en hausse de 46% par rapport à 2024, représentant 7,3% de la consommation électrique française (hors autoconsommation).
Durant ces 15 années, le prix des cellules photovoltaïques a connu de fortes variations. Après l’effondrement des tarifs observé en 2024, provoqué par les surcapacités de production chinoises et l’accumulation de stocks en Europe, les prix des modules sont repartis à la hausse en 2026, entre +23% et +36% depuis janvier selon les catégories de panneaux, même si cette progression semble désormais se stabiliser.
L’autoconsommation photovoltaïque en France
Le photovoltaïque s’est beaucoup développé en France. Il permet à tous ceux qui le choisissent (foyers et entreprises) de faire des économies d’énergie. Ce mode de production décentralisé a longtemps été porté principalement par les particuliers, encouragés par la prime à l’autoconsommation et les tarifs de rachat garantis sur 20 ans.
La situation a toutefois changé depuis 2020 : la part de l’autoconsommation dans le parc continue de croître fortement en nombre d’installations, sans pour autant représenter une part équivalente de la puissance totale. Une caractéristique déjà présente en 2020, mais encore plus marquée aujourd’hui. Au premier trimestre 2026, 62% des installations photovoltaïques françaises produisent de l’électricité entièrement ou partiellement autoconsommée, mais cela ne représente que 19% de la puissance installée du pays. Cette proportion progresse trimestre après trimestre : elle était de 60% des installations pour seulement 16% de la puissance au deuxième trimestre 2025.
Sur le seul premier trimestre 2026, 481 GWh d’électricité photovoltaïque ont été autoconsommés par les producteurs en France métropolitaine, soit 7% de la production brute du trimestre. Les installations en autoconsommation totale (sans aucune injection sur le réseau) ont produit 247 GWh, soit 51% du total autoconsommé ; elles représentent 14% du parc autoconsommant et 9% du parc métropolitain total.
Ce paradoxe illustre bien la structure du marché français : l’autoconsommation concentre l’essentiel des nouvelles installations en nombre, car ce sont majoritairement de petites installations résidentielles, mais elle reste minoritaire en volume d’énergie produite face aux grandes toitures professionnelles et aux centrales au sol.
Autoconsommation totale ou partielle ?
L’autoconsommation avec injection de surplus sur le réseau (partielle) est largement majoritaire. En effet, elle concerne 80% des installations en autoconsommation. Il est beaucoup plus pratique de choisir ce mode de consommation. Il évite d’avoir à investir dans une batterie de stockage. La possibilité de passer aux énergies renouvelables en produisant sa propre électricité et en vendant le surplus produit sur le réseau séduit donc de plus en plus de citoyens. En 2019, une étude parue dans Le Parisien affirmait que 63% des Français se disaient intéressés par le fait d’autoconsommer leur énergie.
Un retournement de tendance : le résidentiel recule, le professionnel prend le relais
Depuis 2020, la dynamique du marché s’est inversée. À l’époque, l’autoconsommation résidentielle portait l’essentiel de la croissance du secteur. En 2025-2026, c’est l’inverse : le segment résidentiel connaît un net ralentissement, tandis que les installations professionnelles prennent le relais.
Sur les neuf premiers mois de 2025, les nouvelles installations de petite puissance (jusqu’à 18 kWc en autoconsommation) ont reculé de 35% par rapport à la même période de 2024, selon les données Enedis relayées par pv magazine France. Cette contraction s’explique par une accumulation d’évolutions réglementaires survenues en 2025 :
- Mars 2025 : baisse des tarifs de rachat et report de la TVA réduite ;
- Été-automne 2025 : nouveaux critères d’éligibilité à la TVA à 5,5% et fin annoncée de la TVA à 10% pour les installations de 3 kWc ou moins.
Ces mesures ont fragilisé une partie de la filière résidentielle, en particulier les artisans spécialisés dans les petites installations, dans un contexte où le tarif de rachat du surplus a été divisé par près de 12 en trois ans.
À l’inverse, le segment des toitures moyennes et grandes (100 à 500 kWc), porté par les entreprises, les agriculteurs et les collectivités, a représenté à lui seul 65% des nouvelles capacités raccordées en 2025, en progression de 38% par rapport à 2024. Le photovoltaïque français ne se développe donc plus de la même manière qu’en 2020 : il se professionnalise et se déplace vers des installations de plus grande taille, même si l’autoconsommation individuelle reste l’entrée la plus répandue sur le marché résidentiel restant.
L’avenir de l’autoconsommation en France
L’autoconsommation est aujourd’hui, et depuis quelques années, en plein développement, porté par la sensibilité croissante des citoyens aux enjeux climatiques et à la production locale d’énergie. Le gestionnaire du réseau électrique haute tension RTE (cité dans un rapport de France Stratégie de 2019) prévoyait déjà une forte hausse de l’autoconsommation durant la décennie 2020-2030, avec un objectif de 4 millions d’installations et 10 GW de puissance installée à cet horizon.
Cette trajectoire, envisagée en 2019, doit aujourd’hui être relue à la lumière du ralentissement observé sur le segment résidentiel depuis 2025. Si le parc photovoltaïque global continue de croître à un rythme soutenu, l’autoconsommation individuelle traverse elle une phase d’instabilité liée aux évolutions réglementaires récentes. L’atteinte des objectifs de 2030 dépendra donc largement de la capacité des pouvoirs publics à stabiliser un cadre incitatif pour les particuliers, tout en accompagnant la montée en puissance des projets collectifs et commerciaux.
La transformation du réseau électrique
Les avantages de l’autoconsommation
L’autoconsommation présente aujourd’hui de nombreux avantages, qui expliquent son essor rapide auprès des particuliers, des entreprises et même des collectivités. Elle permet d’abord de produire sa propre électricité à partir d’une source renouvelable et inépuisable : le soleil. Cette démarche offre une plus grande autonomie énergétique, réduit la dépendance aux fournisseurs traditionnels et protège les ménages contre les fluctuations du prix de l’électricité. Elle constitue également un levier essentiel pour impliquer directement les citoyens dans la transition énergétique : chacun peut devenir acteur de la production locale d’énergie propre, ce qui contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à améliorer la résilience des territoires.
Sur le plan économique, l’autoconsommation permet de réaliser des économies substantielles sur la facture électrique. Les technologies photovoltaïques devenant plus abordables sur certains segments, le retour sur investissement s’accélère, surtout lorsque l’électricité produite et consommée directement vient en substitution de l’électricité achetée sur le réseau. De plus, le surplus d’énergie peut être revendu ou partagé au sein de communautés énergétiques locales, renforçant encore l’intérêt financier et social de ce modèle.
Un modèle qui bouscule le réseau historique
Cependant, malgré ces atouts, l’autoconsommation soulève encore plusieurs questions techniques majeures, notamment en ce qui concerne le réseau de transport et de distribution de l’électricité. En effet, l’autoconsommation et la production photovoltaïque en général reposent sur une logique de décentralisation de la production, à l’opposé du modèle historique sur lequel les réseaux électriques français ont été construits. Traditionnellement, l’électricité était produite dans de grandes centrales, puis transportée sur de longues distances via un réseau hautement centralisé avant d’être distribuée aux consommateurs. L’essor massif de petites installations photovoltaïques, réparties sur tout le territoire, bouleverse profondément ce fonctionnement.
Les renforcements techniques nécessaires
Pour que ces installations puissent injecter correctement leur surplus sur le réseau et être intégrées de manière sûre et efficace, il devient indispensable d’opérer d’importants aménagements techniques. Le réseau doit être capable de gérer un flux énergétique bidirectionnel, ce qui n’était pas sa vocation initiale. Cela implique notamment de renforcer et moderniser les infrastructures existantes, en particulier sur les niveaux de tension :
- Moyenne Tension (MT) : pour assurer la stabilité locale du réseau, où la majorité des installations photovoltaïques sont raccordées.
- Haute Tension (HT) : pour absorber les volumes plus importants produits par des installations collectives ou industrielles.
- Très Haute Tension (THT) : afin de garantir le transport sécurisé de l’énergie excédentaire sur de longues distances et de prévenir les risques de saturation.
Ces renforcements permettront une meilleure intégration des installations photovoltaïques, limiteront les risques de congestion du réseau et assureront une gestion plus intelligente et plus flexible de l’électricité produite localement. À plus long terme, ils ouvriront la voie à un système énergétique plus résilient, plus décarboné et réellement adapté aux défis de la transition énergétique.
Vers une évolution structurelle du réseau
En définitive, si l’autoconsommation constitue une opportunité majeure pour transformer notre modèle énergétique, elle nécessite en parallèle une évolution structurelle profonde du réseau électrique, ainsi qu’un cadre réglementaire plus stable, pour accompagner efficacement cette révolution décentralisée.